Le vent des saisons



Penchée sur mon miroir,
Le reflet que je peux voir,
Me renvoie l'image
Jeune encore, d'un visage
Sans artifices et sans fards.
Je sais bien qu'il est tard,
Ma jeunesse s'enfuit.
Elle est comme l'hirondelle
Elle vole à tire d'ailes,
Vers l'ombre de celui
Qui m'attend loin là-bas.



Mon visage appuyé
Dans le creux de mes mains,
Je scrute les prémices
Encore anodines, des premiers
Signes annonçant la fin
De ma jeunesse. Il n'y a pas
De doute, les rides tissent
Au coin de mes yeux,
La trame des jours heureux
Qui sont loin derrière moi.



Me reste-t-il assez de temps
Pour aller vers l'automne,
Avant que l'heure sonne,
De l'hiver et du froid.
Je me revois au printemps
De ma vie, heureuse et belle
En mon cœur. Dans les dentelles
Et la soie, dans un autre miroir,
La jeune fille que j'étais
A pleines dents mordait la vie
Et l'amour. Le vent
De ma jeunesse soufflant
Les nombreuses bougies
De toutes ces années, a pris,
Sans crier gare son envol.



Il se posera un soir,
Après sa course folle.
Il laissera derrière lui,
Un grain de sable du désert,
Ou bien une poussière,
Dans mes yeux fatigués.
Sereine je le suis, malgré
Les doutes et les chagrins,
Ils s'effacent un matin.



Cinquante ans passés,
Je ne sais pas comment,
Ils s'en sont allés,
Emportés par le vent.
Je fixe l'horizon, le sourire
Au coin des yeux, il n'est pas
Encore temps. Le bonheur d'aimer,
M'aide à accepter mon corps se faner.
L'amour est bien plus important
Que les marques du temps.



La beauté n'a pas d'âge,
Elle est une grande dame
Qui déploie ses ramages
Jusqu'au fond de mon âme.
La roue tourne, le manège
Des saisons ne s'arrête pas.
Bientôt mes cheveux seront neige
Mes rides avancent à petits pas.
Ma jeunesse s'enfuit,
Inévitablement, il en est ainsi.



Mais tant que j'aurai la joie
D'aimer ceux qui sont près
De moi, il y aura la foi
D'avancer, de ne pas plier
Devant celui qui m'emportera
Dans la brume des souvenirs.



Aujourd'hui, c'est l'été
De ma vie. Le temps ne peut s'arrêter
Mais tant que je serai à côté
De ceux que j'aime, restera allumée
La flamme de mes prunelles,
Car l'amour est bien l'étincelle
Qui fait battre mon cœur. La vie,
C'est aimer encore et encore.
Mes rides seront mon énergie
Pour aimer, bien ou mal, aimer,
De nombreuses années encore...


    © Ninja
     Mai 2002

Vou pouvez lire d'autres beaux poèmes signés Ninja sur son site
"Les mots de Ninja"
qui est d'ailleurs le site du mois de juillet du cahier!

      



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