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Les grappes de fleurs
sont finalement tombées sur la route, geste de rage tendre.
L'automobile s'éloigne vrombissant à la vitesse de
la mélancolie.
Elle a collé ensuite son front sur la vitre
entrouverte de la portière, puis sa bouche de framboise à
murmures. La buée tendre se dépose rendant son paysage
flou, elle trace de ses doigts étroits et sages des figures
grimaçantes, des coeurs de travers et des losanges d'étoile
en fronçant le nez, une mèche auburn de miel mal léché
frémit sur sa joue. Un coup de frein léger, elle ne se tient à rien
et retombe comme une poupée sans fil sur la banquette soyeuse.
Devant ils ne se sont même pas retournés. Lui, pilote
de ses gants de cuir fauve l'engin qui tangue, Elle, la grande,
se contente de regarder sans les voir, les champs bleus et la
rocaille entre-ruissseaux.
On ne voit que leurs nuques, leur maintien, lorsque leur auto noire
dépasse les autres, il s'incline légèrement
pour remercier et son regard azur scrute l'horizon rose d'un ciel
entre chien et loup.
Lassée du malaise qui la gagne, prisonnière
de la boite roulante à nausées, elle tente de nouveau
de calquer la transparence vitrée. Le panorama est un mélange
de formes décolorées.
Ses paupières plombées de solitude la délestent
bientôt de la réalité. Sans bruit au détour
d'un virage, elle a basculé lentement dans un songe radieux
d'océan, de tumultes et de naufrage. Deux mains viriles
la saisissent dans un délice par la taille au moment de
la plus large vague.
Mais la voix douce et pourtant si lointaine l'a réveillée
: "... et peux-tu me dire où sont les brins de lavande
que je t'avais confiés ?".
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Un conte signé Laura ici
Un texte signé Laura ici
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