Elle

Elle, comme un livre, juste sorti de presse,

Aux pages intouchées par le coupe-papier,

Dont je ne lisais que les pages tendresse

Sans pouvoir déchiffrer celles qui restaient liées.

Alors j'imaginais le reste de l'histoire,

Je me voyais déjà la lisant dans le noir

libérant une à une les pages attachées

Qui cédaient avec grâce, résistance ébauchée.

Je connais maintenant du livre les chapitres

Mais lorsque le mot fin me renvoie vers le titre

Je reprends tout l'ouvrage avec un oeil nouveau

Et les pages secrètes m'offrent leurs meilleurs mots.

Je n'ai au cours des ans connu rien que ce livre,

Sa tranche est patinée, quelques pages ont jaunies,

Il y a par endroit des traces de brûlures,

Mais toujours je relis cette belle aventure.

Si j'avais eu...

Si j'avais eu quelques années de plus

Je t'aurais rencontrée en cachette

Et très intensément de cinq à sept.

Mais le temps te pressait, alors sans plus

D'histoires, tu m'as tourné la tête.

Jetais encore bien jeune, mais tu as su

Quand je fermais les yeux, ne sachant plus

Me porter au-delà de mes défaites.

Et lorsque dans tes yeux je me mettais à nu

Tu savais deviner toutes mes pensées secrètes,

Alors tu m'entrainais tout entier dans ta crue

Avant de me remettre sur ma bicyclette.

Bien sûr tu avais l'âge d'être ma maman

Et d'aucuns auraient pu y trouver à redire,

Mais tu avais si bien volé mes quatorze ans,

Que je t'avais donné mon cœur et encore pire.


Si j'avais eu quelques années de moins

Je t'aurais fait la cour pour la conquête

De ta bouche, de tes seins, de ta peau de satin,

Pour poser des baisers sur tes fossettes.

Maîtrisant le tempo de tes vagues impatientes,

J'aurais noyé mon feu, quand tes pupilles urgentes

Envahiraient l'espace et boiraient mon reflet,

J'aurais ouvert pour toi les portes de l'été.

Je te murmurais là paroles de sagesse,

Mais de mes cheveux gris, de mon cuir tanné,

Tu disais vouloir faire tes compagnon d'ivresse.

Alors, sans plus d'histoires, nous nous somme aimés.

Bien sûr pour ton papa on me prenait souvent

Et d'aucuns auraient pu y trouver à redire,

Mais tu avais si bien volé mes quarante ans

Que je t'avais donné mon cœur et encore pire.

    ©L'iconoclaste



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