Délire enchanté

Les lutins courent dans mes cheveux
J'ai des diamants plein les yeux.
Je joue tranquillement de la harpe.
Mieux que n'importe quelle écharpe,
J'ai sur mes épaules,
Une cape qui m'enveloppe et me frôle,
De la tête aux pieds.
C'est un cadeau de mes amies fées.
Elle est de la soie des étoiles,
Elle a été découpée dans une obscure toile,
Et parsemée de poudre de lune opaline.
Des nénuphars donnés par les ondines,
Ornent ma robe d'astres et de lumière.
Certains me traitent de sorcière,
Car je sais comprendre le langage du vent,
Et voir dans le ciel demain il fera quel temps.
Parce que les arbres avec moi conversent,
Et que je me nettoie sous l'averse.
Un aigle blanc sur mon épaule perché,
Et un loup blanc marchant à mes côtés,
Ne font pas de moi un mauvais génie.
Étrange et différente,
Mais pas sotte ou absente.
Je ne suis pas de celles qui mangent des crapauds,
Et qui fréquentent les corbeaux.
C'est sur un lit de mousse que je dors,
À la belle étoile dehors.
Quand tombe la pluie,
C'est dans une caverne que je dors à l'abri.
Je connais bien quelques sortilèges,
Mais jamais je n'en ferais des pièges.
Les fleurs parfument ma peau,
Et je me baigne dans l'eau des ruisseaux.
On dit que le sang du diable coule dans mes veines.
Voilà qui me peine.
Et les femmes prises de jalousie,
Racontent que je dors dans son lit
Toutes les nuits.
Tout ce chagrin par l'envie
De femmes qui me méprisent.
Car sur moi le temps n'a pas de prise.
Leurs mères et grands-mères
Ont eu le cœur amer,
Constatant que mon visage
Bien que mon cœur soit âgé et sage,
Ne prend aucune ride.
Femmes perfides,
Les seules marques que me laisse le temps,
Ce sont les chagrins que vous me causez de tout temps.
Mais ce soir,
Vous avez décidé de ne jamais plus me voir,
Mais pourrez-vous encore vous regarder dans le miroir
Après avoir entendu mon dernier cri de désespoir?
Vous voulez me prendre ma vie,
Mais sachez ceci;
Je vous attends chez moi,
Au fond des bois,
Jouant de ma harpe magique,
Une mélodie magnifique
Plus dangereuse pour vous mortelles,
Que tous vos poisons et lames mortelles.
Les lutins tressant mes cheveux à des jonquilles,
Sur ma tête de jeune fille,
Je vous attends
Assise bien sagement,
Sans aucune envie de sang.
M'habitent paix et bons sentiments.
Dans vos chaumières vous retournerez,
Me laissant vos armes et m'ayant oubliée.
Vos maris seront heureux de votre retour
Et vos filles et petites-filles ne me verront jamais à leur tour.
Je serai toujours dans un rayon de lune,
Dans la terre brune,
Dans la pluie,
Ainsi que dans vos vies,
Mais plus jamais on ne dira mon nom,
Je me retire de vos saisons.
Je retourne à l'invisible,
Je ne serai plus votre cible.
Je m'en vais vivre dans le cœur
De la forêt, ma sœur.
Je serai vagabonde
Absente de votre monde,
Qui est pourtant juste à côté,
De ma porte d'entrée.

                ©Carolyne D.L.
                3 mai 2002.

 

        

 

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