Je partage avec vous, chers lecteurs, et avec la permission de son auteur, ce message qui m'a beaucoup fait rire.
Un autre texte de Daniel ici

 24/11/2003

       Très chère amie,
    Je ne sais plus exactement à quand remonte le dernier message que je vous ai adressé, mais je crois que voici maintenant une bonne huitaine de jours que ma prose n'est pas venue saturer votre serveur. Que s'est-il donc passé pour que je vous impose un si long silence...ou que je vous offre un si long répit ?
    Eh! bien, j'ai tout simplement été privé d'ordinateur pendant plus d'une semaine à cause d'une panne tout à fait stupide. Jugez-en plutôt ! Je "faisais de la webcam" avec l'une de mes petites-filles quand celle-ci me dit :
  "Papy ! Je n'te vois pas bien." Je voulus donc régler les paramètres de ma caméra, mais un message d'erreur m'annonça qu'une défaillance qui s'était produite dans le module "kernel32.DLL" rendait cette opération impossible. Je ne doute pas un seul instant que vous sachiez parfaitement de quoi il s'agit. Moi, non ! Dès le lendemain matin, je téléphonai donc à ma hotline pour que soit comblée cette grave lacune dans ma culture générale. Un technicien hautement qualifié - du moins je le suppose - m'apprit qu'il s'agissait du noyau de Windows et que la seule chose à faire était de reformater mon disque dur et de réinstaller Windows. Je savais que j'allais une nouvelle fois perdre tout ce que j'avais sur mon disque dur, mais faisant contre mauvaise fortune bon cœur, je m'armai de courage et je sauvegardai sur CD et sur disquettes tout ce qui pouvait l'être.
   Ce fut long ! Très long ! Car c'est fou ce que l'on accumule dans un ordinateur en quelques mois ! Je n'affirmerai pas n'avoir rien oublié - l'avenir me le dira - mais je me lançai toutefois, un peu à regret, dans le reformatage. Au bout d'environ une demi-heure c'était chose faite. Pour l'avoir déjà effectué, je savais que le reste serait de l'enfantillage. C'est du moins ce que je pensais. Juste un peu de patience, me disais-je. Et de la patience, il m'en fallut !!!
  Quand j'introduisis dans mon lecteur le CD intitulé "Redémarrer votre système", mon PC refusa en effet de le lire. Après des tentatives aussi vaines que multiples , je me résolus à recontacter ma hotline. Au bout de longues minutes d'attente, je fus mis en communication avec un technicien qui s'enquit immédiatement de savoir si j'avais installé un graveur.
  Comme c'était effectivement le cas, j'appris que, privé de pilotes, mon ordinateur ne savait quel choix effectuer entre mon lecteur de CD et mon graveur. Il me fallait donc ouvrir mon unité centrale et débrancher le graveur. Vous n'auriez pas cru qu'un prof de Lettres fût capable de faire ça, n'est-ce pas ? Eh bien si ! Vous vous trompiez ! LOL !
  Cette délicate intervention terminée, j'introduisis fébrilement mon fameux CD dans son non moins fameux lecteur. Et, merci Mon Dieu, le miracle se produisit ! Le disque se lança de lui-même."Je vous salue Marie pleine de grâce etc...etc... !
  Windows étant de nouveau en place, je réinstallai mon scanner, mon imprimante et quelques autres programmes de première utilité. Tout se déroulait à merveille. Je m'empressai de rétablir mes connexions à Internet. AOL 8 d'abord. Ah qu'il était doux d'entendre se composer le numéro d'appel, puis le grésillement qui précède la connexion... Las ! Un message apparut :

"Tentative n°1 - La connexion a échoué - Voulez-vous réessayer ?" ----> OK.
"Tentative n°2 - ... idem
"Tentative n°3 -... idem

  Zut alors ! (Je pense que j'ai utilisé un autre mot. 5 lettres au lieu de 3, mais qui traduisaient mieux ce que je voulais exprimer !) Qu'à cela ne tienne ! Puisque je ne pouvais me connecter à AOL, j'allais installer le CD de Tiscali. Après tout, mon abonnement à AOL prenait fin quelques jours plus tard !
  Je n'eus malheureusement pas plus de succès avec ce nouveau fournisseur d'accès. Que faire ? Fort heureusement "Le Service Technique d'AOL est à votre disposition 24h/24. Pour le contacter, composez le 08.92.02.03.04 (0,34€ la minute).
  - "Bonjour ! Vous êtes bien en relation avec le Service Technique d'AOL. Un technicien va vous répondre. Votre attente sera au maximum de 3 minutes."
  3 minutes plus tard : "Tous nos techniciens sont actuellement en communication. Nous nous efforçons d'écourter votre attente."
  3 autres minutes plus tard : "Nos techniciens sont toujours en communication. Veuillez renouveler votre appel ultérieurement."
  A "ultérieurement" très précises, je renouvelai mon appel. Cette fois, je fus plus chanceux. Au bout de 7 à 8 minutes un éminent expert en informatique, tout frais émoulu de l'Ecole Technique Supérieure d'America On-line France s'enquit de ce qu'il pouvait faire pour moi. Je lui expliquai mon problème.
  - "Mais Monsieur, vous venez de rétablir votre système d'origine. De quand date-t-il ?
  - de 2000 (après Jésus-Christ)
  - Alors, il n'est pas surprenant que vous ne puissiez pas vous connecter. Il faut effectuer la mise à jour de Windows !
  - Mais Monsieur, comment voulez-vous que je télécharge les mises à jour de Windows puisque je n'ai pas accès à Internet ?
  - Ben oui, évidemment ! Mais vous n'avez pas un voisin ou quelqu'un proche de chez vous chez qui vous puissiez aller les faire ?
  - Parce que vous pensez que je vais pouvoir ramener chez moi les mises à jour effectuées sur l'ordinateur de mon voisin ?
  - Ben vous pourriez les mettre sur disquette et les réinstaller sur votre ordinateur.
  - Et vous pensez que c'est possible, ça ?
  - Je ne sais pas, mais vous pouvez toujours essayer !"
  J'avais dépensé une dizaine d'euros mais je ne les regrettais pas. Entendre une telle ineptie de la bouche d'un soi-disant technicien censé vous dépanner, avouez que ça vaut bien la peine de délier les cordons de sa bourse, non ? Nous étions maintenant samedi en fin d'après-midi. Et comme par hasard, le lendemain se trouvait être un dimanche. Je n'avais donc plus qu'à attendre lundi matin pour appeler quelqu'un. Ce que je fis dès la première heure ! Mais, bizarrement, le monsieur n'attendait pas après moi pour occuper sa journée. Celle du lendemain non plus, d'ailleurs. Et pas davantage celle du surlendemain. Rendez-vous fut donc pris pour le vendredi aux environs de 9 h 30.
  Je rongeais mon frein mais, rassemblant mes souvenirs de lecture, je me remémorai toutes les âneries qu'avaient pu nous sortir les philosophes depuis l'Antiquité jusqu'à nos jours et je finis par faire mienne cette pensée qu'à toute chose malheur est bon. Et je décidai de mettre à profit ces quelques jours de célibat pour ranger mon bureau - non seulement le meuble, mais la pièce entière - et me mettre à jour dans la montagne de paperasses qui traduisait une certaine négligence de ma part, pour ne pas dire une aversion certaine pour ce genre de tâche.
  Quand arriva enfin le vendredi matin tant attendu, vous pensez bien que je fus debout dès l'aurore.
   Et vers 9 h 1/2, je guettais le coup de sonnette d'une oreille attentive. (Tiens ! Je trouve ça marrant de "guetter" avec l'oreille !). Mais c'était sans compter qu'en vieillissant je deviens un peu dur de la feuille. Fort heureusement, mon chien ne l'est pas; ses aboiements et ses sauts après la porte m'avertirent qu'il y avait quelqu'un derrière.
Sans avoir la politesse de lui offrir un café, j'entraînai mon cher dépanneur dans mon bureau, où trônait un ordinateur qui semblait le défier de la hauteur de son socle. Et le pire, c'est qu'il ne fit pas que semblant. Il le fit, le bougre ! Vaines tentatives de connexion (après toutes celles que j'avais faites, était-ce bien nécessaire ?), reconfiguration d'AOL (ça aussi je l'avais fait, vous pensez bien !), désinstallation et réinstallation du modem externe (déjà effectuées par mes soins !), réinitialisation d'un modem interne dont je ne me servais plus depuis plus de deux ans... RIEN N'Y FIT.
  - Consultons le Gestionnaire de Périphériques ! Ah ? Il y a un point d'interrogation jaune devant PCI Card !
  - Qu'est ce que ça veut dire, M'sieur?
  - Certains éléments de votre carte mère n'ont pas été réinstallés.
  - Lesquels, M'sieur?
  - C'est ce que je voudrais bien savoir. Avec votre ordinateur, vous a-t-on livré un CD avec tous les pilotes, les chipsets etc... etc...
  - Oui Monsieur.
  - Ah ! Ben nous voilà sauvés alors !
  C'est beau la naïveté, l'innocence d'un enfant ! Celle d'un dépanneur aussi ! J'avais déjà essayé plusieurs fois d'utiliser ce disque, mais sans jamais rien y comprendre. Il est vrai que je ne suis pas technicien. Lui, si. Il saurait donc sans doute s'y retrouver mieux que moi ! Eh bien non!
  - C'est un disque qui a été conçu pour plusieurs ordinateurs. Il n'est pas spécifique au vôtre! Il faut réinstaller manuellement les pilotes qui manquent à l'appel.
  - Oui mais quels sont-ils ? Vous ne le savez pas !
  - Non, mais nous allons les rechercher un à un.
  Je ne dis rien, mais je me voyais déjà en train d'établir un chèque correspondant à 10 heures de main d'œuvre pour une simple restauration de Windows. Je fus sauvé par le gong. A 11 h 30, mon réparateur m'annonça en effet qu'il devait me quitter pour se rendre chez un autre client qui l'attendait avant midi. Mais il fut convenu que je lui amènerais mon unité centrale à 14 heures précises, à son atelier. Il y verrait plus clair et disposerait de tout le matériel voulu pour effectuer des tests.
  Vous pensez bien que je ne fus pas en retard. J'étais même un peu en avance. Ca tombait bien, il l'était aussi. D'un naturel optimiste, j'en déduisis aussitôt que c'était plutôt de bon augure et que l'après-midi commençait sous les meilleurs auspices.
  Comme ma colonne était ouverte depuis plusieurs jours déjà, prête pour une autopsie complète, le chirurgien informaticien n'eut pas à perdre un temps précieux (à 250 FF de l'heure !) en anesthésie et en incisions délicates destinées à mettre à nu les entrailles de mon unité centrale.
  - "Nous allons tout reprendre à zéro, dit-il d'un ton déterminé. Reformatage et réinstallation de Windows ! Peut-être que cette fois tous les pilotes seront correctement réinstallés.
  - Tiens tiens ! me dis-je en aparté et à moi seul. N'aurait-il pas confiance dans ce que j'ai fait ? Bien que mon amour-propre en prît bien-sûr un coup, je ne laissai rien transparaître. "Mais cela va nous prendre une bonne demi-heure !", ajoutai-je encore, sans aparté cette fois, et à voix haute.
  - Non, car je possède un logiciel réservé aux professionnels qui effectue en 30 secondes ce que vous effectuez en 30 minutes". Et c'était vrai ! Le temps de le dire, et mon disque dur était reformaté. J'essayai bien de regarder le nom et la marque de ce logiciel miracle. Mais... peine perdue; il s'agissait d'une copie. Devant ma curiosité, peut-être me proposerait-il de m'en faire une ! Mais non ! C'était pour les professionnels et, de toute évidence, je n'en étais pas un.
  Deuxième étape : réinstaller Windows. Là, pas de logiciel miracle. Il inséra donc dans le lecteur mon propre logiciel "redémarrer votre système d'origine".
  - Ca y 'est !
  Troisième étape : réinstaller AOL. J'avais amené mon CD; celui de la toute dernière version; AOL 8, la plus performante ! Insertion du disque, roulement de tambour, apparition d'une fenêtre qui vous offrait le choix entre deux options : 1 - Mise à jour d'une version existante; 2 - Installer une nouvelle version. Pas de détail, mon spécialiste opta sans hésiter pour la seconde. Il l'avait bien dit : "On reprend tout à zéro ! "
  - Vous avez en tête votre identifiant ?
  - Oui Monsieur !
  - Votre code d'accès ?
  - Oui Monsieur !
  - Alors allez-y, tapez-les !"
  Il procéda lui-même à la suite de la configuration. Pas n'importe laquelle. La configuration avancée ! Celle qui est réservée aux utilisateurs expérimentés (sic) ! Du coup, il eut le choix entre 3 modems. A force d'en avoir réinstallé et réinitialisé, c'était fatal !
  - Lequel est le vôtre ?
  - Olitec Self Memory Pro USB (J'vous en bouche un coin, hein ?)
  - Votre numéro de connexion ? (il a le choix entre 5 !)
  - Celui qui correspond à "forfait AOL illimité"
  - Lieu de connexion ?
  - Domicile.
  Finalement, je me demande ce qu'il aurait fait sans moi ! J'étais INDISPENSABLE. Du coup, le baromètre de mon amour-propre repassa la barre des 1015 hectopascals !
  Il fit un clic gauche sur l'onglet "connexion". Un petit moment de silence. Nous retenions notre respiration. L'ordinateur également. Puis une fenêtre s'afficha : Etape 1 - "Initialisation du modem". Une deuxième lui succéda : Etape 2 - "Composition du numéro de connexion". Cela ressemblait à de petites notes qui montaient d'un xylophone sur lequel on tapait avec une rapidité et une dextérité incroyables. Etape 3 - "Je ne sais plus à quoi elle correspond" mais c'était un long grésillement. Etape 4 ... Etape 5... Etape 6... Un message nous indiqua que la connexion avait échoué ! Nouvel essai, même message ! Bis repetita ! Mon technicien y perdait son latin. Comme il n'en avait fait qu'en classe de sixième, ce n'était pas bien grave !
  Dépité, désappointé, désespéré, les deux poings sur les hanches, il contempla gravement cette boîte métallique qui osait le ridiculiser devant l'un de ses clients à qui il se demandait bien ce qu'il allait pouvoir facturer s'il ne venait pas à bout de cette maudite panne. Mais La Contemplation (Victor Hugo vous le dirait au pluriel) c'est la réflexion. Et de la réflexion jaillit la lumière. C'est ainsi que, après s'être subitement approché de la colonne jusqu'à presque poser son nez sur une petite plaque verte et l'avoir longuement examinée, il se retourna pour me demander :
  -Vous avez touché cette carte ?
  - Ben... non, M'sieur! En tout cas pas que je m'en souvienne ! Ou alors c'eût été involontaire de ma part!
  -Regardez-la bien !
  A mon tour, je l'observai du bout du nez avec la plus grande attention.
  - Vous ne remarquez rien ?
  - Non, Monsieur !
  - Elle est de travers !
  Je m'approchai une nouvelle fois de la carte en question, mais je privilégiai cette fois l'observation oculaire, et
même binoculaire, à un examen détaillé fait avec le bout du nez. Et je m'aperçus que les petits picots de l'extrémité droite de la barrette étaient légèrement sortis de leurs logements. Exerçant alors une pression énergique sur ladite barrette pour la remettre parfaitement en place, mon technicien se dit convaincu que c'était là l'origine de nos soucis. Et il tenta sans plus attendre une nouvelle connexion à AOL; elle s'établit sans la moindre difficulté. Il arborait un air triomphant, et moi un air penaud. En débranchant les fiches de connexion de mon graveur, quelques jours plus tôt, j'avais sans doute légèrement accroché cette barrette avec ma main ou ma manche de chemise, ce qui avait suffi à la faire sortir imperceptiblement de son logement, du moins à une extrémité.
    Voilà donc la rarissime et gravissime panne qui me priva d'ordinateur pendant une semaine et qui mit à mal la perspicacité de tous les techniciens que j'avais consultés, excepté le dernier qui vit sa notoriété et sa cote de popularité atteindre des sommets jamais égalés au sein de la communauté des internautes troyens.
    Ma chère et jeune amie, je vous écrirai de nouveau ces jours prochains pour vous entretenir d'autres sujets. En attendant, portez-vous bien.
    Amicalement vôtre
    Daniel

©Daniel
Décembre 2003
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