|
La
page des mots

Le 18 octobre 1999 l’homme,
avec qui j’ai vécu 45 ans de ma vie, rendait son dernier
soupir.
J’ai groupé sur ces pages tous les mots d’octobre
écrits depuis lors ; puissent-ils aider ceux d’entre
vous qui suivez ce même parcours de deuil. Le temps qui passe
n'efface ni le souvenir ni la nostalgie mais il permet de retrouver
la vie.
Octobre 2005
Depuis six ans le mois d’octobre souffle un vent
de pleurs et fait ressurgir une blessure à peine
cicatrisée. Comme chaque année nous sommes
allés déposer des fleurs sur la grande pierre
chauffée par les rayons du soleil. Elle ne contient
rien que le souvenir que nous lui transmettons sous la
pression de nos mains qui effleurent son nom. Mes fils
et leurs familles sont là, ils sont les piliers
de sa mémoire, mes petits enfants en sont sa continuité
et moi je perpétue un peu l’être qu’il
a été. Mon mari, mon ami, mon amant…
riche de ce qu’il m’a nourrie je n’ai
point de mal à continuer mon chemin de vie.
Une nuit sans rêves est comme une vie sans
aventures
Un baiser sans amour est comme du pain sans faim
Un ciel sans nuages est comme un livre sans histoire
Une page blanche est comme un cœur sans battements
Un cœur trop raisonnable est comme la vie qui
passe,
Comme le temps si long et si inexorablement rapide,
Comme l’immense espace abandonné entre
toi et moi. |

Encore des
mots d'octobre.
(2006 paru dans les "Alizades")
Les
premières pluies sont arrivées en averses
de grosses gouttes qui ont lavé la nature en quelques
minutes. L’automne emmène avec lui les derniers
chamsins qui sévissent encore de temps en temps.
Octobre s’étire tristement comme pour me
dire « rien ne sera plus jamais pareille »
comme si je ne le savais pas...
Il n’était pas là hier, il ne l’est
pas aujourd’hui, ne le sera pas demain… mon
septième automne sans lui. Je vis, je respire,
je ris… je pleure…
Foisons de couleurs
feu et pourpre
Moissons du temps qui passe
Rêves d’été qui s’envolent
Parfums envoûtants de la flore
L’automne en folie s’impose
Aussi éphémère que grandiose.
Nos souvenirs en longues farandoles
S’éparpillent comme les feuilles mortes
Emois venus de temps à jamais révolus.
Douces vendanges de nos amours passés
Ciel de plomb présage de larmes enfouies
Nuages lourds de tristesse, prêts à
éclater.
Grisaille envahissante, carcan
de mélancolie,
Octobre se met au diapason de mon humeur
L’orage gronde et tonne, passe et s’apaise.
Avant de s’endormir sous son duvet hivernal
La nature se pare et met ses plus beaux habits
Splendide automne, saison des nostalgies.
|

Octobre tire
à sa fin
(2007 paru dans les "Alizades" )
Si j'avais des ailes je partirais très loin,
Là où la route est belle et le chemin
boisé,
Je te chercherais au delà des océans
Et même derrière les nuages,
Tout au fond du ciel qui ne m'écoute pas.
Je te tendrais la main, tu prendrais la mienne...
Si j'avais des ailes... |

Octobre
est là
(2008, paru dans les "Alizades" )
Mes
mots d’automne sont comme les feuilles en cette
saison ; ils tombent au moindre souffle de vent. Comme
elles ils sont flétris, ridés, ne tiennent
plus qu’à un fil. Leurs couleurs sont
passés bien que tout le monde s’extasie
pour vanter leur beauté, je sais, moi, qu’elles
ont perdu leur vivacité.
L’automne est la saison où les larmes
se mêlent aux premières gouttes de pluie.
Voilà plusieurs années que mes automnes
sont tristes de souvenirs heureux... et cette année,
encore, un ami très cher s'est éclipsé
vers un monde que l’on dit meilleur alors qu’à
mon âge le mien devient de plus en plus désert.
Suis
descendue dans mon jardin… je voulais, comme chaque
matin, y cueillir les mots épanouis durant la
nuit. Je ne trouvais que des plates-bandes en friche,
que des buissons en fouillis, que des plantes desséchées.
Sans doute le beau temps
reviendra bientôt.

Octobre
2009
L’automne
qui s’étiole dans ses derniers revers de
chaleur et l’hiver qui s’en vient sans se
précipiter, nous disent que l’on ne peut
pas arrêter le temps… seuls quelques instants
d’immense bonheur ou de grande détresse,
gravés dans nos mémoires, nous en ont donné
l’illusion. J’ai du mal à croire que
j’aie vécu ces dix dernières années
sans lui alors que le souvenir des ses bras autour de
mon corps est encore si vivant ; je porte encore son amour
avec fierté comme l’on se pare d’un
bijou rare et précieux. Il me manque et il est
là, toujours là, dans les murs de ma maison,
dans la maison de mon âme, dans les parcelles de
mon corps, dans les yeux de mes fils, dans la curiosité
discrète de mes petits-enfants, dans le cœur
de nos amis. Il est là dans nos mémoires,
mort et vivant à la fois. Le mois d’octobre
nous revient chaque année, le dix-huit plus précisément,
et fait que nous réunissons nos souvenirs et notre
tristesse mais aussi cet amour de la vie qu’il a
si bien su nous transmettre.
Notre deuil a pris d’autres nuances, il
est plus mûr, plus domptable, plus acceptable. Il
est présent dans nos vies sans accaparer toute
la place qu’il prenait les premières années…
il est devenu vivable. Faire son deuil ne veut pas dire
oublier mais plutôt apprendre à vivre avec
ce manque de l’être perdu… apprendre
à vivre… oui c’est ça. Il n’est
jamais trop tard pour le faire.

|
"Mes mots d'octobre" page
1
D'autres "Page de mots"

Merci à Nicole qui
m'a envoyé de belles photos pour créer mes pages.
©Mon cahier de brouillons-2003-2009-tous
droits réservés. |