Petits bouts d'idées
s'ajouteront au fil du temps...
Le temps
Tic tac toc me dit le temps chaque matin lorsqu’il
frappe à mon réveil. Tac toc tic me répète-t-il
chaque soir lorsque je suis au bord du sommeil. Il me nargue
sans cesse, il joue de mes sentiments, se rassasie de mes
angoisses, se gausse de mes désirs.
Et de quoi se vante-t-il donc, alors qu’il est un grand
paresseux et ne fait rien de lui-même? Il s’écoule
tout simplement, il égrène ses secondes, il
compte ses minutes, il étire ses heures. Mais à
part cela il ne bouge pas d’un pouce, n’a aucune
initiative et pas un brun d’énergie. De plus
il a le bon rôle, on dit facilement : « le temps
arrangera tout » ou bien « ça passera avec
le temps »… alors que chacun sait que si l’on
ne prend pas les choses en mains rien jamais ne pourra aboutir.
Inutile de compter sur le temps pour que la vie soit plus
pleine ou plus heureuse ou plus satisfaisante, il se moque
complètement des évènements et des tourments.
Quoi qu’il arrive il continue doucement à s’éclipser
par l’étroit passage du sablier, sans effort
aucun il plane sur l’univers et administre ses lois
qui sont fort sévères.
Quant à lui il va sans contrainte se mettre soit au
beau fixe, soit qu’il devienne mauvais ou gris et maussade.
Il est extrêmement changeant, trop chaud ou trop froid,
rarement tempéré et agréable. Vous pouvez
être certain que les jours où, ayant observé
un ciel nuageux, vous prendrez votre parapluie, le temps deviendra
radieux et vous serez encombré toute la journée.
Par contre les matins ensoleillés ne font pas promesse
de durer tout le jour.
C’est qu’il a son caractère ce temps de
misère qui se nargue des petits et des grands en se
mettant sournoisement à tous les modes, à l’imparfait
du subjonctif ou au présent du conditionnel, il ne
recule devant aucun obstacle pour embêter son monde.
Infailliblement il suit son chemin sans jamais revenir en
arrière, creuse les sillons de peine sur les visages,
abîme les corps et use les âmes… mais aussi,
il faut bien le dire et savoir en bénéficier,
laisse le bonheur s’installer s’il se présente.
Les petites joies sont également accueillies à
condition que le terrain moral s’y prête, prendre
du bon temps n’est pas une formule vaine si l’on
sait saisir le moment à l’instant où il
passe car il est souvent précaire et sensible aux intempéries
de la vie.
Heureusement qu’il y a le temps des cerises, celui que
l’on chantait dans mon enfance et qui revient toujours
et qui sait être doux et langoureux, serein et apaisant,
il sait réparer les chagrins, il sait s’accommoder
à tous les temps. Ce temps là il se gagne, il
arrive souvent au terme d’un long chemin, il est à
prendre ou à laisser mais il est là de toute
façon, il ne s’écoule ni plus vite ni
plus doucement, il se vit tout simplement.
©Aliza Claude Lahav
Octobre 2005
|
©Mon cahier de brouillons-2002-2005-tous droits
réservés.
|