Yom Kippour

13/10/2005
Yom Kipour, jour de jeûne. Comme chaque année le pays cesse complètement ses activités durant vingt quatre heures. Comme chaque année les enfants envahissent les rues et les routes avec leurs vélos, skateboards et autres engins à roues. Pas de bruits de voitures, pas de communications, ni radio ni télévision. Un silence complet qui semble bizarre, un pays qui somnole. Comme chaque année une chaleur sèche et écrasante qui monte dès le matin, une lumière éblouissante qui vient d’un ciel presque blanc tant il est bleu, l’air se dérobe tant il est lourd. Les synagogues sont pleines. C’est le jour du grand pardon.
Je suis chez-moi, la matinée s’avance, dans quelques instants les cris d’enfants vont ramener un peu de vie sur cette scène surnaturelle.
Il faudrait pouvoir pardonner aux autres avant de se pardonner soi-même… y a t il des évènements qui sont impardonnables ?


15/10/2005
Depuis six ans le mois d’octobre souffle un vent de pleurs et fait ressurgir une blessure à peine cicatrisée. Comme chaque année nous sommes allés déposer des fleurs sur la grande pierre chauffée par les rayons du soleil. Elle ne contient rien que le souvenir que nous lui transmettons sous la pression de nos mains qui effleurent son nom. Mes fils et leurs familles sont là, ils sont les piliers de sa mémoire, mes petits enfants en sont sa continuité et moi je perpétue un peu l’être qu’il a été. Mon mari, mon ami, mon amant… riche de ce qu’il m’a nourrie je n’ai point de mal à continuer mon chemin de vie.


23/10/2005
Hier soir il faisait froid, ce matin un vent chaud souffle avec rage, de ma fenêtre je vois les palmiers en folie. Peut-être essaient-ils de déserter mon paysage pour des cieux plus cléments ? Mais où vont-ils trouver cela les malheureux ? La planète entière est soumise à des cyclones, des tremblements de terre, des tempêtes, des ouragans, des inondations et autres calamités de la nature déchaînée. Si je savais à qui me plaindre je le ferais, hélas j’ai perdu l’adresse du destinataire, si je l’ai jamais eue, il y a fort longtemps. Ceux qui connaissent le responsable ne se plaignent jamais, il paraît que ce sont des épreuves favorables à notre épanouissement, ou bien, au contraire, des punitions bien méritées. Je ne suis pas une scientifique mais tout de même j’aimerais avoir des preuves avant de m’engager… ce que j’ai compris, depuis un moment, c’est que le paradis n’est pas sur terre parce que si on ajoute aux déboires de la nature les guerres, le racisme, la famine… cela fait beaucoup de désastres dans un laps de temps assez réduit. Du moins c’est ce que j’ai pu constater en soixante douze ans de ma petite et restreinte expérience de vie. Je ne suis ni triste ni déçue, je suis très bien chez-moi, sur mon coin de planète, tout en déplorant certaines choses qui se passent autour de moi et qui, celles-ci, dépendent des hommes. J’ai de très bons amis, internautes et réels, une progéniture pas trop mal installée dans la vie, j’ai beaucoup reçu et j’ai donné ce que j’ai pu… alors qu’est-ce qu’un grand vent brûlant, aussi désagréable qu’il soit, peut me faire ? Rien, seulement me donner une petite envie d’écrire quelques lignes. Si j’étais aussi sûre que la paix viendra que je le suis pour la pluie, ce serait merveilleux ! La pluie, elle, viendra laver cette poussière portée par le chamsin qui nous vient du désert, les palmiers se calmeront et décideront sans doute de rester par ici… comme moi.


26/10/2005

Une nuit sans rêves est comme une vie sans aventures
Un baiser sans amour est comme du pain sans faim
Un ciel sans nuages est comme un livre sans histoire
Une page blanche est comme un cœur sans battements
Un cœur trop raisonnable est comme la vie qui passe,
Comme le temps si long et si inexorablement rapide,
Comme l’immense espace abandonné entre toi et moi.


27/10/2005
La nuit blanche ne porte pas conseil
Elle ternit le regard sur le monde…
Rejette cruellement les rêves au loin
Se baigne dans un silence voluptueux
Ecoule ses heures chargées de chimères
Compte ses secondes pesantes d’inutilité.
Il est 3h, la nuit blanche devient grise
Mon cœur se serre dans sa solitude…

On peut faire taire les pleurs d’un enfant, on ne peut effacer ses blessures.


29/10/2005
Ils marchaient devant moi, un peu éloignés l’un de l’autre. Tous deux avaient une silhouette mince à la démarche légère. Il était bien plus grand qu’elle ; ils ne se touchaient pas, ne se regardait pas. Comme leur allure était plus vive que la mienne, ils allaient et s’éloignaient… Je pensais à autre chose, mon esprit vagabondait au rythme de mes pas, je butinais une pensée par ci une autre par là ; les idées me viennent souvent lors de ma ballade presque quotidienne. De loin je vis les jeunes gens s’arrêter, ils se tournèrent l’un vers l’autre. Je crus distinguer leurs regards se vrillant l’un à l’autre, il me semblait voir un aimant en action lente. Je ralentissais mon pas afin de ne pas les gêner ; la rue était déserte et le trottoir étroit. L’homme se pencha doucement, arrondissant le dos et ouvrant les bras, il prit la jeune femme et la blottit contre sa poitrine, elle s’y logea avec une agilité d’habituée. Ils restèrent ainsi, immobiles, enfermés dans un cocon si doux et si gracieux que je m’imaginais qu’ils allaient se mettre à danser… je fis un détour pour ne point les déranger. Je rentrais chez-moi, j’étais seule mais satisfaite. J’avais bien marché et puis j’avais eu le privilège d’assister à une scène de la vie qui fait que celle-ci vaut la peine d’être vécu ; et puis après tout chacun son tour n’est ce pas?

 

 

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