06/12/2005
C’était au petit matin, précieusement je le retenais, comme un oiseau à l’aile blessée il palpitait au creux de mes mains sans pouvoir définitivement s’envoler. En vain j’essayais de le garder encore un moment pour moi seule, captant, avant qu’il ne s’évanouisse, ses contours vagues et ses sons lointains. J’étais à l’écoute des voix, des formes et des couleurs qui me poursuivaient mais qui devenaient de plus en plus flous, de plus en plus incertaines et vagues. J’avais entendu le son de sa voix me disant un mot, un seul, et je m’étais éveillée sans avoir pu décrypter sons sens. Nostalgique et triste, je laissais mon rêve s’évanouir et ma journée commencer…


14/12/2005
Etrange matin aux heures fluides
Aux effluves des rêves estompés
Aux lancinements de la tourmente
Aux questions sans réponses
Au silence plus éloquent que les mots
A la sarabande de pleurs épuisés
Aux rires perdus dans le brouillard
A la fleur qui ne s’épanouira pas
A la branche dénudée de ses bourgeons
Au ciel qui n’écoute personne depuis longtemps
A tes bras qui ne m’enlaceront plus jamais
A mes désirs dont je ne sais que faire
A ma vie qui se renouvelle à chaque instant.



15/12/2005
L’écriture, du moins celle que je connais, est une damoiselle qui se lève tôt le matin. Dès le réveil il lui semble avoir quelque chose à dire, hélas souvent elle bégaye, cherche ses mots et même reste muette tant elle a des doutes sur tout ce qui la concerne. Elle se révèle être une compagne assidue mais souvent infidèle, pleine de contradictions. Elle me tient sans vraiment m’appartenir, m’attire et me rejette au gré de ses coquetteries. Souvent je voudrais m’en libérer mais c’est à ces moments là qu’elle devient coriace, intransigeante, envahissante. Et lorsque je me rends et que mes doigts pianotent sur le clavier de mon imagination, c’est alors qu’elle devient soupçonneuse et peu sûre d’elle, elle se trouve appauvrie et malingre, manquant de nourritures célestes. Ce n’est jamais elle qui m’abandonne, elle s’arrange plutôt pour que ce soit moi qui ai envie de la jeter par la fenêtre… et pauvre de moi, j’ai pitié au dernier moment !


18/12/2005
Pour répondre à une internaute qui vient de découvrir mon cahier de brouillons, et qui trouve que je suis trop secrète…

J’aime le parfum de la terre après la pluie
Les sous bois ombragés au petit matin
La grande polonaise de Chopin
Le chocolat noir aux noisettes entières
L’amour, le donner, le recevoir et le faire.
La mer en hiver, lorsqu’elle se met en rage.
La vie.
J’aime mes amis et l’amitié qui circule entre nous.
Les roses jaunes, même celles qui sont fanées.
Le scrabble et les parlotes autour de la table.
L’arrivée à Paris après une longue absence.
Les librairies, celles où l’on peut fouiner.
Florence, pour les souvenirs que j’en ai.
L’écriture lorsqu’elle m’habite et demande à s’aérer.
Mon ordinateur lorsqu’il répond au moindre clic.
Les feuilles mortes qui crissent sous mes pas,
Et celles chantées par Yves Montand.
La flûte de Galway et celle de Rampal,
Toutes les musiques qui me font vibrer.

Je n’aime pas le racisme et la discrimination,
Les guerres, les attentats, les mises en garde.
Je n’aime pas les petits choux dits de Bruxelles
(Rien à voir avec la ville que j’aime beaucoup).
Les ragots, les on dits qui passent de bouche à oreille.
L’écriture lorsqu’elle est prise de paralysie infantile.
Mon ordinateur lorsqu’il fait sa tête de mule.
Faire le ménage, ranger mes tiroirs, déménager.
Je n’aime pas la mer lorsque je suis sur un bateau.
La musique moderne, non je ne l’aime pas.
La bêtise, l’entêtement, la méchanceté,
La bêtise… ah oui ! Je l’ai déjà dit.

Par dessus tout j’aime ma vie, que j’ai tricotée comme un grand chandail, en pure laine vierge, rugueuse mais chaude, une maille à l’endroit une maille à l’envers. Un rang au point de mousse, un rang au point de ri-res. J’ai souvent perdu des mailles mais, en général, je les ai rattrapées. Les manches sont, peut-être, trop longues et les emmanchures trop étroites. Les points sont irréguliers et les rangs se chevauchent, il y a même quelques trous qui laissent passer l’air… Pourtant j’ai fait ce que j’ai pu avec les matières premières données ; ni plus ni moins. Et ce chandail, qui parfois pèse et qui est souvent mal fichu, avec ses couleurs un peu passées et ses formes avachies, a tout de même des bons côtés. Il est confortable, il a même une pointe d’originalité (évidemment c’est du sur mesures), et surtout il se déploie et étreint ceux que j’aime : mes enfants, mes petits-enfants, mes amis et, bien sûr, mes aminautes. Je n’en changerais pour rien au monde… d’ailleurs de toutes façons j’ai perdu le ticket de caisse.


21/12/2005
Le bonheur est parfois si discret et si modeste que l’on ne s’aperçoit même pas qu’il est passé…


24/12/2005
L’entre deux livres
Je viens de terminer un roman que je n’ai pas aimé, je ne vous en dirai pas le titre afin de ne pas avoir l’air de vouloir vous influencer, les goûts les couleurs et la lecture… ça ne se discute pas ! Et pour me consoler de cette déception, car je l’ai terminé envers et contre tout, ce fameux roman autour duquel les médias s’étaient beaucoup agité, j’ai de suite entamé un autre bouquin acquis dans la même foulée des remous de la rentrée littéraire. Avant d’ouvrir la première page de cet ouvrage, je le soupèse, le retourne sur toutes ses coutures, j’observe l’épaisseur qui donne une idée du nombre des pages, j’examine le grain de la couverture, je relève le nom de l’éditeur, je lis attentivement le texte verso: condensé inscrit en petites lettres, ainsi que la date d’impression, je remarque le prix, j’épluche le moindre détail… j’en viens même à caresser le titre, je le murmure en l’associant au nom de l’auteur. C’est un moment béni, j’ai l’espoir de découvrir un texte qui saura capter mon attention, éveiller mes sens et mes émotions. J’aime les textes qui prêtent à réflexion, qui induisent autant qu’ils conduisent, qui ont autant à dire entre les lignes qu’avec leur vocabulaire aussi riche soit-il. Je pense sincèrement qu’un livre (ou tout autre texte littéraire) se crée à deux, l’écrivain et le lecteur. Je dirais même qu’une fois publié, d’une façon ou d’une autre, le texte n’appartient plus à son créateur mais à son lecteur qui va le comprendre et l’interpréter, l’aimer ou le refouler. Dès les premières pages je sais que je vais aimer ce nouveau bouquin, son langage me sied, son style est agréable, ses mots qui sont justes, me parlent et m’interpellent, et je suis pressée d’y retourner… Merci Mr. Alexandre Jardin d’avoir écrit un roman, je sens que je vais rêver.


 

 

©Mon cahier de brouillons-2007-tous droits réservés.