Un grand tableau noir, tout y est inscrit, du premier
jour au dernier, rien ne manque. Les évènements, petits
et grands, les dates, les sourires, les souffrances, les bleus de
l’âme et du cœur, les abandons et les étreintes…
tout y est, du premier babillage au dernier soupir. Inscrits tout
d’abord avec pleins et déliés, d’une calligraphie
large et ouverte, les mots se prélassent sans encombre. Puis
petit à petit ils se resserrent, pressés les uns contre
les autres, ils se chevauchent à l’heure d’affluence.
Ils sont de toutes les couleurs, gris pour les mauvais jours, rose
pour les petites joies, rouge pour les souffrances, noir pour les
deuils, bleu ciel pour les nuits d’amour ; certains rient et
d’autres pleurent… Le tableau se remplit, il n’est
plus noir mais ressemble plutôt à une toile de maître
peinturlurée à la gouache ou à l’aquarelle.
Il est recouvert tout entier, même les coins les plus éloignés
sont exploités, pas d’intervalles pas de vides, on ne
pourrait rien y rajouter. Et c’est à ce moment là,
exactement à ce moment, lorsque l’artiste voudrait y
déposer sa signature, sans pour cela s’en débarrasser,
c’est à ce moment précis que le tableau commence
à s’effacer. Doucement il se désemplit, les mots
se suppriment d’eux-mêmes, ils se gomment dans un processus
imperceptible ; c’est la débandade. Le tableau retrouvera
son noir primaire… les jours deviendront gris.
P.S. Je vous rassure… je suis de très bonne humeur!