LA JONQUILLE ET LE NUAGE.

Il était une
fois une fleur qui se nommait Jonquille. Elle était très
belle avec sa tige élancée, ses feuilles fraîches
de verdure, sa corolle épanouie d'un sourire éclatant.
Elle était très timide et rougissait facilement, la
pauvre mignonnette. Mais malgré son apparence fragile elle
était quelqu'un de très fort. Il suffisait de regarder
ses belles racines bien enfoncées dans la terre pour savoir
que cette petite demoiselle n'était pas une faiblarde.
La seule chose qui la gênait c'est qu'elle
se sentait un peu seule dans son univers de fleur. Pourtant tous les
matins elle se réveillait à l'aube, lorsque le soleil
pointait à peine à son horizon, elle s'ouvrait doucement
à la rosée matinale et prenait tout son temps pour faire
sa toilette. Lorsqu'elle était prête, encore un peu frileuse
de sa nuit, coquette et charmante dans sa fraîcheur, ses pétales
bien rangés et sa tige bien droite, elle commençait
à attendre. Elle espérait qu'un passant allait la remarquer
et peut-être même la complimenter, lui dire des mots doux,
la couver des yeux.… l'admirer quoi. Elle était très
patiente et était capable de rester comme ça pendant
des heures et même des jours sans bouger afin de ne pas abîmer
sa coiffure ou de ternir sa robe. C'est qu'il faut comprendre que
pour une fleur, si petite ou modeste soit elle, c'est très
important d'être regardée. Elle a besoin du regard des
autres pour vivre et pour être heureuse.
Un jour notre Jonquille
vit arriver, porté doucement par la brise, un petit nuage.
Il était si mignon dans sa blancheur qu'elle en fut tout de
suite éprise. Et puis il faut dire qu'il souriait tout le temps,
comment résister à un visage si rayonnant? Il n'était
pas du tout de ces gros nuages renfrognés qui sont capables
de déverser des tonnes de pluie. Ce qui agaçait terriblement
Jonquille parce que trop d'eau pouvait altérer sa mise en plis.
Non ce petit nuage n'était pas un violent mais un doux pacifique
qui ne transportait qu'amour et bonne volonté. Il s'intéressa
immédiatement à cette jolie personne et lui dit: "Bonjour
chère amie, je ne vous connais pas mais il me semble que vous
ressemblez comme deux gouttes d'eau à une jonquille." Sur ce,
notre fleur toute heureuse d'être reconnue se mit à rougir
de plus belle et sans dire un mot elle opina de sa petite tête.
Et le nuage d'insister: "Ah!que vou êtes charmante et je vous
trouve aussi très jolie,et je dois dire que vous êtes
à mes yeux très élégante également.
J'oserai même dire que vous êtes tout à fait mon
type de femme, vous me plaisez belle créature."
Evidement sous de
tels compliments mademoiselle Jonquille s'enhardit, elle sentait qu'elle
pouvait faire confiance, qu'elle avait à faire à un
gentleman et elle se confia: "Merci gentil nuage, vous n'êtes
pas mal non plus, et comment vous nommez vous?" "J'ai pour nom Cumulus,
mais appelez moi donc Lusse c'est le nom que me donnent mes amis.
"Eh! bien Lusse je suis contente de vous avoir rencontré car
voyez vous je me sens bien seule, je manque de compagnie et quelques
fois j'ai même envie de faner plutôt que de continuer
ainsi."
Cumulus se sentit
très ému: "Oh! ma chère ne parlez pas ainsi,
j'en serais trop malheureux si vous faniez. D'ailleurs vous n'êtes
pas seule puisque je suis là. Allez vous reposer maintenant
car il faut conserver votre fraîcheur, je veillerai sur vous."
Jonquille calme et heureuse se referma doucement et s'endormit.
Durant son sommeil
Cumulus, avec beaucoup d'amour et de doigté, pulvérisa
finement une petite pluie légère sur sa bien-aimée
et son environement. Et lorsqu'à l'aube Jonquille ouvrit les
yeux elle crut s'évanouir d'étonnement... Tout autour
d'elle et à perte de vue, elle distingua une multitude de petites
jonquilles qui s'étaient épanouies durant la nuit sous
la bienfaisante pluie. Elle était tant émue qu'elle
en tremblait; rayonnante de joie elle scruta le ciel bleu pour remercier
son ami, son amoureux. Elle vit son sourire, ses yeux pleins de douceur,
son visage heureux. Lentement il s'éloignait entraîné
par un vent léger; Jonquille éclata de rire en lui faisant
un signe de la tige. Elle savait qu'il reviendrait bientôt.
©Aliza Claude Lahav