
Un ballon rouge, de belle allure, errait seul
dans un ciel sans nuages. Il se sentait tout tristounet depuis
que le petit garçon à qui il appartenait avait,
par mégarde, lâché sa ficelle. Heureusement
qu’un beau et fier ballon bleu venait à sa rencontre,
un grand sourire étalé sur sa face bien tendue.
« Salut toi ! » dit, gentiment, le ballon bleu.
L’autre étant très timide, ne répondit
pas. Il se mit à rougir comme un coquelicot et devient
encore plus rouge qu’à sont état naturel
; vous avouerez que c’est un avantage d’être
rouge pour un timide, il peut ainsi cacher son embarras.
Le ballon bleu qui avait un caractère moqueur lui dit
en clignant de l’oeil :
« Alors beau bleu, tu te dégonfles ? Tu sais si
tu ne veux pas jouer avec moi tu resteras tout seul ; c’est
qu’il n’y a pas grand monde par ici ! » Et
comme l’autre rougissait de plus belle le ballon bleu
éclata d’un grand rire qui le fit trembloter tout
entier … il riait tellement de voir le ballon rouge devenir
de plus en plus écarlate que celui-ci fut, lui aussi,
prit d’un grand fou rire. Et lorsque qu’ils se calmèrent,
ils s’observèrent longuement, des restes de rigolade
au fond des yeux… ils étaient devenus copains.
Ils se baladèrent côte à côte, ficelle
contre ficelle, se confiant des histoires de leur passé.
« Moi, dit le ballon bleu qui était le plus loquace,
j’ai appartenu à un petit garçon qui avait
une tête toute bouclée. Il était tout blond
et n’arrêtait pas de sauter à cloche pied
et sa maman lui disait tout le temps: reste donc tranquille
Benjamin ! Mais il était tellement turbulent qu’à
un moment il a sauté un peu plus haut, il est tombé
et pouf et patatras et il a ouvert sa petite main et me voilà
parti à tout jamais. »
« Moi, dit le ballon rouge, mon histoire est tout à
fait différente. J’ai été acheté
dans un grand parc, par une dame élégante pour
sa petite fille qui se prénommait Julie et qui était
très sage. Oh ! Oui ! Très sage ! Elle m’a
lâché par inadvertance en donnant la main à
sa maman. Cette enfant ne ressemble en rien à ton petit
voyou de garçon. »
«Je voudrais te poser quelques questions, dit le ballon
bleu songeur, cette petite fille, l’as-tu vu sourire ?
L’as-tu entendu rire à pleine gorge ? As-tu remarqué
son contentement lorsqu’elle t’a reçu ? L’as-tu
vu pleurer lorsqu’elle est tombée ? S’est
elle laissée consolée par sa maman ? Aimait-elle
les câlins ? Et lorsqu’elle t’a perdu…
as-tu vu son regard ? »
« Oui, j’ai vu ses larmes qui roulaient sur ses
joues… et tout ce que tu as dit à son propos j’ai
pu l’observer… »
« Et bien vois-tu, tous les enfants sont semblables, les
garçons comme les filles, les petits et les grands, les
noirs et les blancs. Tous aiment à rire, ils connaissent
tous des moments de tristesse, ils ont tous besoin d’amour,
ils aiment tous les câlins. Ils sont tous égaux
car ils connaissent tous les mêmes émotions. C’est
comme ça, c’est la vie ! »
Le ballon rouge, un peu ému, regarda son ami avec admiration
et lui dit :
« Je n’y avais pas pensé, mais tu as tout
à fait raison ! Et tu sais… je suis bien content
de t’avoir rencontré… »
Et depuis les deux ballons, celui de Benjamin et celui de Julie,
planent très haut dans le ciel, ils ne se quittent plus
et sont devenus de grands amis.
©Aliza Claude Lahav
Janvier 2006
Ce conte a été écrit pour
les enfants de l'association "Le
soleil Blanc"
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